Auto-construction d’une tiny house : ce qu’on ferait autrement

Si nous devions recommencer la tiny house de zéro, voici ce que nous ferions complètement différemment. Il s’agit de notre retour d’expérience, ce n’est pas une liste exhaustive. Pas une vérité absolue mais adapté à nos besoins. Baluchon ne construit plus de tiny houses mais propose désormais un service d’accompagnement aux auto-constructeurs. 

Préparation du projet

S'informer : avoir une phase d'apprentissage appropriée à l'enjeu

Cette phase souvent trop négligée ou écourtée sera pénalisante tout au long de votre chantier si vous vous en passez. Je sais que c’est frustrant car on a tendance à toujours vouloir se mettre à l’action mais croyez-moi, vous le paierez durant votre chantier.

Si comme nous, vous apprenez en construisant, vous allez perdre un temps considérable. Bien sûr vous ne pouvez pas tout savoir mais les grandes et moyennes lignes doivent être acquises (au moins en théorie) avant de démarrer.

Vous former en amont est INDISPENSABLE pour ne pas perdre de temps, éviter les erreurs, mieux anticiper chaque étape et in fine, réduire vos dépenses !

On prendrait largement plus de temps si on devait revenir en arrière. On se renseignerait en amont de façon plus rigoureuse : interroger les autres tny housers dans les groupes facebook de tiny houses, sites internet d’auto-constructeurs de tiny house, chaînes YouTube de tiny housers, livres sur les tiny houses comme ceux que je vous ai répertorié après le chantier haha. Prendre le temps au départ, c’est en perdre beaucoup moins durant le chantier. Les erreurs et le temps coûtent chers durant une construction. Sans mentionner le découragement que cela peut engendrer de devoir faire des pauses pour se renseigner…

Rejoindre des chantiers participatifs

Nous avions essayé de participer à un chantier mais les auto-constructeurs n’étaient pas assez à l’aise avec cette idée. Nous vous encourageons vivement à rejoindre des chantiers en cours ou qui vous démarrer. Beaucoup de choses se ressentent plus qu’ils ne se décrivent, c’est le cas pour le bricolage et la constrution.

L’apprentissage sera inestimable. Vous obtiendrez des conseils précieux d’une personne qui se lance, rien de mieux ! Vous observerez des détails auxquels vous n’auriez pas pensé que sur un chantier.

Définir clairement ses besoins

Quels sont les indispensables dont vous aurez absolument besoin ?
Quand on vit dans peu d’espace, on se rend compte à quel point finalement on a besoin de peu pour vivre. Tout ce qu’on ne voit plus, est complètement oublié. On peut donc s’en passer. Ce qui est bien avec la vie en tiny house, c’est qu’elle est évolutive. Un besoin peut être combler ultérieurement si nécessaire. Le plus dur, c’est d’abord de réduire. C’est le plus grand écart et le premier pas vers le minimalisme qui sera le plus dur.

Dessiner ses plans dès le début

Dessiner ses plans de tiny house au début très simplement avec un croquis puis quand c’est plus ou moins validé, à l’échelle. Le fait d’avoir réalisé un plan 3D très réaliste et abouti, nous a non seulement aidé à tenir durant la construction en nous projetant mais nous a aussi aidé à moins réfléchir durant le chantier. Savoir à quoi chaque élément allait ressembler nous a enlevé une épine du pied. Moins de temps perdu ! 

Faire appel à un charpentier ou un bureau d'études bois

Si on arrive à réaliser son plan d’exécution, faire vérifier son plan d’ossature bois par un charpentier. Possible sinon de lui demander de réaliser les plans d’exécution ou à un bureau d’étude bois. Bien préciser que le poids est un facteur déterminant dans la réalisation du projet. Vous pouvez estimer le poids de votre futur maison très simplement avec le poids de chaque matériau.

Se faire accompagner par un professionnel

On chercherait un accompagnement souple avec une 1ère visio pour déblayer un peu toutes les infos recueillies et en emmagasiner de nouvelles afin de définir de nouvelles pistes à explorer. L’entreprise Baluchon ne construit plus de tiny house mais propose un service d’accompagnement.

Demander des devis pour comparer et réduire ses coûts

Aller voir les GSB (grands magasins de bricolage), les magasins professionnels qui peuvent parfois vous faire des devis suivant les quantités à commander. Ils peuvent vous proposer une réduction même si vous êtes un particulier. Demander les délais de livraison. Attention aux fermetures annuelles au mois d’août, on s’est fait avoir sur notre barde extérieur à cause de ça. Nous avons dû faire des pieds et des mains pour recevoir nos matériaux à temps. 1 mois de perdu c’est énorme sur un chantier. Pensez bien à anticiper ces délais.

Demander des devis aux scieries

Faites des devis de tout le bois nécessaire : ossature, litelage, plancher, bardage, lambris…

Préparer un calendrier de chantier avec délais de livraison

Coordonner tous les matériaux à commander en prenant une marge sur les délais de livraison. Attention ces derniers peuvent évoluer en fonction des dates (fermeture annuelle, vacances d’hiver, ponts de mai). Il faut donc anticiper. Une fois le calendrier posé avec une date de démarrage, demander de nouveaux devis avec les nouveaux délais en fonction de la date prévue dans votre calendrier. Ce n’est pas grave de ne pas savoir à l’avance combien de temps vous ferez précisément chaque élément, c’est juste une vague idée pour au moins savoir quand commander chaque élément afin d’éviter d’avoir à stocker trop de choses en même temps, avoir de la manutention et avoir à déplacer tout cela constamment car c’est éreintant. Par exemple pour l’isolant, nul besoin de le commander trop à l’avance car en plus d’être lourd, c’est volumineux et cela prend énormément de place. Il faut idéalement le positionner à la réception à l’endroit où cela sera le plus pratique d’accès et de stockage. Prévoyez des bâches en prévision des pluies. Idem pour tout le bois que vous recevrez de la scierie, il faudra leur demander s’ils peuvent vous livrer au fur et à mesure de l’avancement du chantier. Sinon cela fera énormément d’éléments à stocker dès le démarrage.

Combien de temps dure un chantier ?

Si on nous avait donné 1€ chaque fois qu’on nous a posé cette question, nous serions devenus riches !

Navrée de vous décevoir mais cette question n’a pas de réponse. Tout simplement car elle dépend de beaucoup trop de facteurs dont pour la plupart vous n’aurez aucune maîtrise (vos compétences, la météo, les aléas de la vie, les désistements, les reports de rendez-vous, les retards de livraison…). À cela, il faudra ajouter de la souplesse car vous avancerez sur plusieurs travaux différents à la fois.

Bien sûr c’est très bien de réaliser un planning de chantier pour avoir une idée de la succession des étapes et réaliser ses achats au fil du temps mais ne vous fiez pas absolument qu’à ça. Ça deviendrait aliénant et contre-productif.

Par expérience, c’est ce qui vous frustrera le plus, de ne pas respecter les délais. Des délais basés sur quoi au final ? C’était ridicule de notre part de vouloir suivre le calendrier fourni par le constructeur qui nous suivait car il avait été réalisé par une personne qui n’avait jamais construit de tiny houses et ils ne connaissaient absolument pas notre niveau de compétences.

Laissez donc tomber cette histoire de temps car cela gâchera complètement votre plaisir. Elisabeth Faure, chez qui nous avons terminé notre tiny house, nous disait souvent pour nous remonter le moral « vous êtes quand même en train de construire votre maison les mecs ». Nous ne réalisons pas assez la chance que nous avons de pouvoir construire notre maison. Il faut donc savoir prendre du recul pour pouvoir l’apprécier.

Dans ce tableau, il faudrait inclure ce qui a été dit précédemment. Les temps de pauses et les moments réservés aux achats et à la logistique. Je crois n’avoir jamais vu un calendrier de chantier qui incluait ces vraies pauses. On veut toujours aller le plus vite possible alors que ce n’est pas une course. Durant le chantier, je ne souhaitais qu’une seule chose, que çase termine. Je peux vous dire que depuis qu’on a terminé, ça m’a terriblement manqué. Ce n’est pas la destination qui compte, c’est le chemin pour y arriver. 

Les repas

C’est un aspect complètement sous-coté lors des chantiers mais ô combien important. Durant notre chantier, nous n’avions ni l’énergie ni le temps pour nous consacrer à la cuisine ni la corvée des courses. Nous achetions des plats cuisinés au seul supermarché du coin. Ces plats nous déprimaient. Le soir, nous cuisinions et quand nous pouvions, nous gardions une part pour le lendemain. Réfléchir aux repas est une charge mentale dont vous vous passerez bien durant un chantier. À un moment donné, nous avions passé commande chez Seazon de plats cuisinés plus diététiques que ceux qu’on achetait car You-Liang avait pris du poids. 

Si c’était à refaire, je ferai clairement autrement. Je ferai un seul grand plat le soir pour qu’il y en ait pour le lendemain, voir sur 2 jours complets. J’opterai soit pour Les commis ou Hello Fresh qu’on connait déjà. Même si ces plats sont à cuisiner, au moins ça enlève la charge de ne pas savoir quoi cuisiner et les courses. Il y a aussi la possibilité d’avoir recours à une cuisinière pour faire un batch cooking pour la semaine complète. Je pense que j’opterai pour ce choix-là en le budgétant dès le départ. 

Dans une vidéo que nous avons réalisé avec Elizabeth, nous donnions des conseils sur comment les proches peuvent vous aider lorsqu’ils vous rendent visite sur un chantier. Courses, plats cuisinés… Ce n’est pas nécessairement de l’aide sur un chantier car cela peut être trop complexe à gérer mais de menus détails comme ceux-là qui peuvent changer la donne ! Le réconfort il est humain et dans les détails.

Acheter un peu plus au magasin de bricolage

Quand on a un chantier sur le feu, difficile de marquer un temps d’arrêt pour filer au magasin de bricolage. Surtout si comme nous, vous étiez assez éloignés.

On passait une journée complète au magasin de bricolage pour nous éviter les aller-retours (50 min l’aller) et coordonner tous nos futurs besoins.

Nous achetions plusieurs options en même temps (couleurs, taille au-dessus et en-dessous) pour ne pas avoir à faire un achat de dernière minute qui serait coûteux en temps et en argent.

En effet, les petits magasins de bricolage coûtent un bras.

Nous prévoyions directement dans la voiture un sac pour les « retours ». Comme ça, dès qu’on avait fait notre choix, le reste des produits non utilisés étaient retournés. C’est notre 1ère étape dès qu’on arrive au magasin, on retour le sac complet pour nous faire rembourser.

Vérifier la distance avec un grand magasin de bricolage

Lors de l’achat d’un terrain à bâtir, vérifier la proximité d’un GSB (grande surface de bricolage) car cela peut devenir un point noir (distance, essence, achats de dernière minute etc.). Certains vérifieraient la proximité avec un hôpital (parents, retraités), pour les auto constructeurs, c’est un GSB 😀 Surtout avec le coût de l’essence qui augmente.

Négocier une réduction avec le magasin de bricolage

Si vous avez suivi nos conseils et que vous vous êtes bien préparés en amont, alors vous avez sûrement préparer votre liste d’achats. Pas forcément dans les détails mais au moins les grands pans de dépenses.

Vous êtes ainsi en mesure de savoir combien vous allez dépenser dans chacun des magasins. Cela vous permettra de négocier une réduction significative sur vos achats. Plus le montant est élevé, plus cela intéressera le magasin.

Aménagement extérieur

Prévoir une zone de stockage des matériaux et de travail

Si vous n’avez pas la possibilité de construire dans un hangar ou un atelier, prévoir un abri de stockage pour que les matériaux soient au sec tout en réservant un espace pour pouvoir travailler si besoin.

Une tiny house étant étroite, il est souvent difficile d’y travailler.

Prévoir à l’avance où vous stockerez tous vos matériaux ainsi qu’une zone où vous pourrez travailler à l’abri des intempéries. Vous gagnerez ainsi énormément de temps. On l’a vécu, travailler rapidement en extérieur permet de tester sa tiny face aux intempéries mais c’est difficile et ça joue énormément sur le moral. J’insiste sur la charge mentale parce que j’étais au bord du burn out sur le chantier. Je sortais d’un burn out au boulot pour en vivre un sur notre chantier. J’en ferai une vidéo si le sujet vous intéresse assez.

Si vous en avez la possibilité, prévoyez une zone fermée. Il faut vous prémunir des vols. Nous lisons régulièrement des cas de vols sur les chantiers (Salomé d’A manches retroussés, Encore une réno…). En plus d’être démoralisant et de perdre du temps, ça porte un sacré coup au portefeuille… Cela vous coûtera moins cher d’avoir un abri fermé avec une alarme que de vous rééquiper entièrement. Pensez-y !

Aménagement intérieur

Installer deux VMC double flux

Nous avons installé une VMC double flux qui nous est impératif. Surtout quand nous nous absentons sur une longue période. Nous n’avons jamais eu de moisissures à déplorer durant nos absences, même en plein hiver, malgré 4 mois d’absence.

Il existe un modèle spécial tiny house que nous vous recommandons d’installer. À refaire, c’est ce modèle que nous aurions choisi.

Il vaut mieux prévoir une télécommande car à 4 mètres de hauteur, c’est bien utile. Nous avons opté pour un modèle sans la télécommande et nous le regrettons aujourd’hui.

Avoir installé nos toilettes à séparation ventilée sans le tuyau d'évacuation pour l'urine

Nous avions la possibilité dès le départ d’installer un tuyau d’évacuation pour les urines. Nous voulions nous laisser l’option plus tard. Comme pour tous les chantiers, ce qui n’est pas fait durant la construction, sera rarement fait ultérieurement. Si vous avez ce même choix à faire : faites-le et décider plus tard. Vous aurez au moins le confort de choisir.

La réalité d'un chantier

Faire c'est 10%, préparer c'est 90%

Quand on construit, faire c’est juste 10%. Il y a 90% qui correspondent à des recherches, des achats, les aller-retours au magasin de bricolage car il nous manque un élément, la préparation des outils et des matériaux, la coordination des ressources humaines pour certaines tâches, le déballage des outils le matin, leur rangement le soir, le bâchage quand il pleut, les courses, la popote, les discussions de voisinage, l’arrêt du chantier en raison de la météo etc.

C’est souvent idéalisé mais la réalité d’un chantier c’est surtout ces 90%.

C’est pourquoi si vous êtes bien informés au préalable avec vos recherches de faites, c’est LÀ que vous gagnerez du temps. Parce que oui ces 90% sont démotivants… On a l’impression de ne jamais avancer sur notre chantier à cause de ça alors qu’ils sont pourtant partie intégrante du chantier mais on l’oublie.

Être indulgent.e avec soi-même

Des erreurs vous en ferez, n’ayez aucun doute là-dessus. Nous avons tous été stagiaire un jour ! Il faut faire sa propre expérience et être indulgent.e avec soi-même. La courbe d’apprentissage est considérable, surtout si comme nous, vous partez de zéro. Comme dirait nos amis anglo-saxons « cut yourself some slack ». Ne perdez pas de temps à vous en vouloir et allez de l’avant. Sans vous, votre chantier ne pourra plus avancer. Gardez un état d’esprit positif pour ne pas risquer un chantier à rallonge ou un burn-out.

Pour notre cas, nous n’étions pas loin d’un burn out vers la fin avec la rénovation d’un appartement alors qu’on finissait notre mini maison…

Marquer des pauses de votre chantier​

Oui c’est inspirant de construire sa propre maison. Personne ne vous dira l’inverse. Elisabeth nous disait « quand on construit sa maison, on se construit soi-même ». Rien de plus vrai. On passe par un panel d’émotions incommensurables. On se découvre, on se surprend, on se déçoit et tout ça, parfois en l’espace d’une minute. C’est très prenant émotionnellement et ça épuise. C’est même plus difficile d’un point de vue mental que physique. C’est pourquoi il faut savoir lâcher prise et faire des pauses pour mieux repartir. Personne ne finira votre chantier à votre place si vous n’êtes plus en mesure de le faire. La santé d’abord !

Nous n’avons pas écouté ce conseil et c’est en partie ce qui nous a démotivé sur la 2ème partie du chantier. Des travaux qui s’éternisaient dont on ne voyait plus le bout. La culpabilité de ne pas être sur le chantier le week-end alors que ça retarderait la fin du chantier. Y’a absolument rien qui ne va dans ce cercle vicieux. Croyez-nous, ne rentrez pas là-dedans !

Si vous sentez que vous êtes découragés, faites une pause de quelques jours ou partez en vacances. En essayant de ne pas culpabiliser. Vous serez ainsi plus efficace à votre retour. C’est une façon vraiment saine de mener son chantier.

Nous compléterons régulièrement ce retour d’expérience pour qu’il soit le plus complet possible.

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